L’annonce de *Assassin’s Creed Shadows* par Ubisoft a déclenché des controverses, notamment sur le personnage historique de Yasuke et la représentation des sanctuaires japonais. La destruction d’un sanctuaire shintoïste dans le jeu a suscité l’inquiétude des responsables japonais, attirant l’attention du Premier Ministre. En réaction, Ubisoft a décidé de retirer cette possibilité dans un patch. La polémique soulève des questions sur le respect des cultures et sur le comportement des touristes vis-à-vis des lieux sacrés au Japon.
Depuis l’annonce de Assassin’s Creed Shadows par Ubisoft, le jeu a suscité une vive controverse. Ce débat s’est en grande partie centré sur l’un des personnages principaux, Yasuke, un protagoniste historique qui dérange certains internautes racistes.
Cependant, une autre controverse a émergé, portant sur la représentation et le traitement des sanctuaires japonais dans le jeu. Cette question a pris une telle ampleur qu’elle a même attiré l’attention du Premier Ministre japonais.
Qu’est-ce qui trouble autour des sanctuaires dans Shadows ?
À peine un mois avant la sortie de Assassin’s Creed Shadows, des captures d’écran de joueurs montrant la destruction d’un sanctuaire shintoïste, y compris de son autel et d’objets sacrés, ont fait surface. La réaction a été d’autant plus forte que le sanctuaire en question, Itatehyozu situé à Himeji dans la préfecture de Hyogo, est un lieu réel.
Selon un rapport d’Automaton, les responsables du sanctuaire ont déclaré qu’ils envisageaient de « prendre des mesures ». Lorsqu’on leur a demandé si Ubisoft les avait contactés concernant l’utilisation de leur sanctuaire dans le jeu, ils ont répondu par la négative, déclarant que s’ils avaient été sollicités, ils auraient refusé.
Le 19 mars, un jour avant la sortie de Shadows, Hiroyuki Kada, un politicien représentant le district d’Itatehyozu, a abordé le sujet avec le Premier Ministre Shigeru Ishiba. « J’ai des craintes quant à la possibilité que les joueurs attaquent et détruisent des lieux réels dans le jeu sans autorisation, cela pourrait encourager des comportements similaires dans la vie réelle, » a-t-il déclaré. « Les responsables du sanctuaire et les habitants partagent ces inquiétudes. Bien que la liberté d’expression soit importante, il est essentiel d’éviter de dévaloriser les cultures locales. »
Ishiba a également souligné que défigurer un sanctuaire serait une insulte à la nation. « Nous devons veiller à respecter la culture et la religion d’un pays, et il est impératif que nous ne tolérions pas des actes qui les méprisent, » a-t-il ajouté.
En réponse à cette controverse, Ubisoft a décidé de retirer la possibilité de détruire des sanctuaires dans un patch de jour un pour Shadows. L’entreprise a reconnu plusieurs erreurs culturelles depuis l’année dernière, en affirmant qu’elle avait collaboré avec des consultants externes et des historiens. Notons que Shadows a été développé par le studio d’Ubisoft à Québec, ce qui a soulevé des questions sur la connaissance interne des cultures représentées.
Est-ce que la controverse est essentiellement politique ?
La polémique autour des sanctuaires de Assassin’s Creed Shadows a entraîné une réaction massive de la part des fans occidentaux, y compris des journalistes. Certains d’entre eux font remarquer que les joueurs peuvent, par exemple, attaquer le Pape dans Assassin’s Creed II, ou piller des lieux historiques comme la cathédrale de St Albans dans Valhalla.
Cela laisse penser que ceux qui sont offusqués par le traitement des sanctuaires dans Shadows se soucient davantage de la franchise Assassin’s Creed en général. Cependant, les politiciens qui critiquent Shadows sont majoritairement conservateurs, et l’on sait à quel point les politiciens conservateurs aiment alimenter des guerres culturelles pour des gains politiques.
En revanche, la majorité de la population japonaise semble indifférente à cette controverse. En effet, Shadows a été le troisième jeu le plus vendu sur Amazon Japon la semaine dernière. Des utilisateurs sur les réseaux sociaux ont même souligné que cette controverse était un sujet de discussion principalement à droite, que la plupart des gens ne prennent pas en compte.
Cela ne signifie pas que toutes les voix critiques ont des motivations politiques. Je pense qu’il existe d’autres dimensions à cette situation.
Les problèmes de dégradation des sanctuaires au Japon
Depuis la réouverture du Japon au tourisme après la pandémie de COVID-19, le pays fait face à des défis liés au surtourisme. Un problème majeur est le comportement irrespectueux de certains touristes envers les sanctuaires et les temples. En 2023, un adolescent canadien a gravé son nom dans un temple classé au patrimoine mondial de l’UNESCO à Nara, tandis qu’une touriste chilienne a publié une vidéo sur les réseaux sociaux où elle faisait des tractions sur un torii, un acte jugé profondément offensant.
Le dimanche 23 mars, le sanctuaire Watazumi sur l’île de Tsushima a rendu public un avis déclarant qu' »un acte de mépris grave et impardonnable avait été commis par des étrangers. » Ils ont donc décidé d’interdire l’accès à tous les visiteurs, sauf aux membres de la congrégation. Ce sanctuaire est connu pour son apparition dans Ghost of Tsushima.
Il est probable que les préoccupations soulevées par les responsables du sanctuaire Itatehyozu concernant Shadows soient influencées par ces incidents. Bien que la majorité des touristes respectent ces lieux, quelques comportements inappropriés suffisent à susciter l’inquiétude.
La controverse autour des sanctuaires est donc complexe et mérite une réflexion approfondie.