Donald Trump critique l’injustice de la TVA dans l’UE : quelles en sont les raisons ?

Donald Trump exprime des préoccupations concernant les inégalités douanières entre les États-Unis et l’UE, plaidant pour des droits de douane équitables. Il remet également en question la taxe sur la valeur ajoutée de l’UE, la considérant discriminatoire. Bien que les États-Unis et l’UE appliquent des systèmes fiscaux différents, les consommateurs finaux supportent le même fardeau fiscal. L’article explore les implications de ces différences et leur impact sur la concurrence, en utilisant l’exemple des automobiles pour illustrer les variations de coûts.

La réaction de Donald Trump peut sembler justifiée à première vue. Le président américain exprime ses préoccupations concernant les disparités des droits de douane entre les partenaires commerciaux des États-Unis. Pour cette raison, il plaide en faveur de droits de douane équitables, visant à aligner les tarifs américains sur ceux appliqués aux exportations des États-Unis. Les détails de sa stratégie seront révélés ce mercredi, lors du « Jour de la Libération ».

Une question d’équité

Il n’y a en soi rien de choquant à exiger que les droits de douane soient uniformes des deux côtés. Par exemple, il est difficile de justifier qu’une taxe douanière de 10 % soit appliquée aux voitures américaines par l’Union européenne, alors que les États-Unis n’imposent qu’un tarif de 2,5 % sur les véhicules européens – soit un quart de ce montant. Demander un traitement équitable sur les deux rives de l’Atlantique semble donc tout à fait légitime.

Cependant, l’inquiétude de Trump dépasse la simple question des taux de douane. Il perçoit également la taxe sur la valeur ajoutée imposée par l’UE comme une forme de discrimination envers les produits américains. Il a ainsi prévu de considérer cette taxe comme un droit de douane, en l’incluant dans le calcul des contre-tarifs américains.

La Commission européenne conteste cette interprétation, affirmant que « la taxe sur la valeur ajoutée ne constitue pas une mesure commerciale, et encore moins un droit de douane ». Néanmoins, le gouvernement américain a une vision différente et qualifie ces taxes de « mesures injustes, discriminatoires ou extraterritoriales » qui pèsent sur les entreprises, les travailleurs et les consommateurs américains.

Comparaison des systèmes fiscaux

Qui a raison dans ce débat ? D’abord, examinons les faits : la taxe sur la valeur ajoutée est un impôt sur la consommation, en vigueur dans plus de 170 pays, y compris en Suisse. Au sein de l’UE, les taux varient de 17 % au Luxembourg à 27 % en Hongrie, avec des taux réduits pour certains produits. En Suisse, le taux standard est de 8,1 %.

Les États-Unis appliquent également une taxe sur la consommation, appelée « sales tax », dont le taux varie selon l’État et parfois la ville. Par exemple, dans le Delaware, le taux est de 0 %, tandis qu’en Californie, il est de 7,25 %. En général, il est juste de dire que la « sales tax » américaine est significativement inférieure à la taxe sur la valeur ajoutée de l’UE.

Mais au-delà des montants, la manière dont ces taxes sont perçues diffère également. La taxe sur la valeur ajoutée est prélevée tout au long de la chaîne de valeur, chaque entreprise ne payant que sur la valeur ajoutée qu’elle produit. En revanche, la « sales tax » n’est appliquée qu’au moment de la vente finale, et non durant le processus de fabrication.

Le poids du consommateur

Est-ce que cela impacte le conflit douanier actuel ? En réalité, ce qui compte le plus, ce ne sont pas tant les différences que les similarités : dans les deux cas, c’est le consommateur final qui supporte l’intégralité du fardeau fiscal. Les taxes respectives s’appliquent à tous les produits commercialisés dans le pays, qu’ils soient fabriqués localement ou importés.

La prétendue inégalité, comme le soutient Trump, n’est pas avérée. Un vélo importé des États-Unis sera soumis à la même taxe sur la valeur ajoutée dans un pays de l’UE qu’un vélo produit localement. De même, une bouteille de vin français sera taxée de la même manière qu’une bouteille de vin californien aux États-Unis. Ainsi, ces deux systèmes fiscaux peuvent être considérés comme équitables et non discriminatoires.

À la Maison Blanche, on prétend que la taxe sur la valeur ajoutée constitue un « double mal ». D’une part, elle est appliquée aux exportations américaines vers l’UE. D’autre part, les fabricants européens récupèrent les coûts de cette taxe lorsqu’ils exportent vers les États-Unis, ce qui, de facto, pourrait être interprété comme une forme de subvention à l’exportation déguisée.

Illustration avec l’exemple d’une voiture

Ce raisonnement présente également des failles : bien qu’il soit vrai que les entreprises européennes n’ont pas à s’acquitter de la taxe sur la valeur ajoutée en exportant vers les États-Unis, il en va de même pour les entreprises américaines concernant la « sales tax » lors de l’exportation vers l’UE. Cela fait sens, car une taxe sur la consommation est censée taxer la consommation, et non la production.

Lorsque ces taxes sont appliquées correctement, elles ne créent pas de distorsion de la concurrence. Un désavantage pour les États-Unis peut survenir si un produit est taxé plusieurs fois au cours de sa fabrication, un phénomène connu sous le nom de « pyramiding ». Ce problème se situe alors du côté américain, et non dans l’UE.

Pour illustrer ce point, prenons l’exemple d’une voiture coûtant 50 000 dollars, fabriquée tant aux États-Unis qu’en Europe. Supposons que le droit de douane soit de 2,5 % aux États-Unis et de 10 % en Europe, avec une taxe sur la valeur ajoutée de 20 % dans l’UE et une « sales tax » de 5 % aux États-Unis.

Ce scénario met en lumière que les différences de prix entre les deux marchés peuvent être expliquées uniquement par la variation des droits de douane.