Imogen Simmonds, triathlète suisse, a annoncé sur Instagram avoir été testée positive à une substance interdite, qu’elle attribue à une possible contamination par voie sexuelle avec son partenaire. Bien qu’elle réfute l’utilisation intentionnelle de dopants, ce cas soulève des questions sur les seuils de détection et la contamination accidentelle. Le dopage reste un problème persistant dans le triathlon, avec une augmentation des cas récents et des efforts pour renforcer l’intégrité du sport.
Suite à un résultat positif à un test de dopage, il n’est pas rare que les athlètes avancent des explications peu convaincantes. Des situations telles qu’un tube de dentifrice mal manipulé ou une consommation excessive de café peuvent être évoquées pour justifier ce déplaisant résultat. C’est dans ce contexte que la triathlète suisse Imogen Simmonds a récemment fait parler d’elle. Mercredi, elle a déclaré sur Instagram avoir été testée positive à une substance interdite, qu’elle impute à des « relations intimes » avec son partenaire. Peut-on vraiment parler de contamination par voie sexuelle ?
Le parcours d’Imogen Simmonds
Âgée de 31 ans, Simmonds est une athlète d’endurance de haut niveau, reconnue sur les distances moyenne et longue du triathlon. Elle est une nageuse et cycliste talentueuse, ayant remporté à ce jour huit compétitions Ironman 70.3, et a été couronnée championne d’Europe Ironman en 2019. Résidant à Genève, elle a grandi à Hong Kong et a représenté la Grande-Bretagne jusqu’à il y a dix ans.
Le test de dopage en question a été réalisé le 8 décembre 2024, juste avant le championnat du monde Ironman 70.3 en Nouvelle-Zélande, où elle a terminé quatrième. La substance détectée était un métabolite de Ligandrol, un composé initialement utilisé pour traiter la déperdition musculaire, mais qui est également prisé dans le monde du bodybuilding pour ses effets sur la masse musculaire et la densité osseuse, sans les effets secondaires des stéroïdes anabolisants.
Une explication controversée
Dans sa publication Instagram, Simmonds précise que la quantité trouvée dans son organisme « équivaut à une pincée de sel dans une piscine olympique », soit un picogramme, une mesure incroyablement infime. Après avoir reçu les résultats du test, elle a rapidement constitué une équipe d’experts pour examiner la situation. Cette démarche proactive est déjà visible dans le fait qu’elle a annoncé sa situation avant l’annonce officielle, en partageant ses réflexions sur le sujet.
Simmonds réfute catégoriquement les accusations d’utilisation intentionnelle de substances dopantes. Les recherches effectuées par son équipe ont révélé que son partenaire avait utilisé du Ligandrol pour améliorer sa condition physique, un fait dont elle n’avait pas connaissance. Un test capillaire a confirmé la présence de Ligandrol chez son partenaire, mais pas chez elle. La chronologie suggère que la substance a pu pénétrer dans son organisme via des fluides corporels, après des relations intimes avec son partenaire, comme elle l’indique.
Il est intéressant de noter que deux précédents similaires impliquent également du Ligandrol et mentionnent des relations sexuelles comme source de contamination. En 2019, la kayakiste canadienne Laurence Lapointe a prouvé que la substance était entrée dans son corps à la suite de rapports sexuels avec son partenaire, et l’année dernière, la curleuse canadienne Briane Harris a présenté la même explication, échappant toutes deux à des suspensions.
Le chercheur français Pascal Kintz, expert en dopage, a documenté plusieurs cas de contamination accidentelle, y compris par le biais de contacts sexuels. Il affirme qu’il existe des preuves solides que la contamination par Ligandrol peut résulter d’un transfert lors de moments intimes. L’expert suisse Martial Saugy considère également cette contamination par voie sexuelle comme une possibilité, soulignant qu’elle pourrait même être plus probable en cas d’échanges de salive.
Ce cas de Simmonds relance certainement le débat sur les seuils de détection dans les tests de dopage. Avec l’évolution des méthodes de mesure, les laboratoires peuvent détecter des traces de substances interdites dans des échantillons de sang ou d’urine. Cependant, la question de l’origine des petites quantités détectées reste controversée : s’agit-il vraiment de dopage ? L’Agence mondiale antidopage réévalue actuellement la suggestion d’ignorer les résultats de microdosages, comme proposé par des instances suédoises.
Pour des résultats situés dans la plage des picogrammes, la probabilité de contamination involontaire est élevée, selon les justifications de la demande. Cependant, il n’y a pas encore de consensus sur ce sujet. Ernst König, directeur de Swiss Sport Integrity, suggère de différencier les cas plutôt que d’établir un seuil minimum général, notant que la plupart des substances ne devraient pas être sujettes à des contaminations.
Une problématique persistante dans le triathlon
En dépit de toutes ces nuances, il est important de constater qu’il existe une longue liste de cas de dopage dans l’histoire relativement récente du triathlon, surtout parmi les athlètes de longue distance. Récemment, Tomás Rodriguez Hernandez, vainqueur de l’Ironman Texas 2024, a été suspendu pour un test positif. L’année précédente, Collin Chartier, un autre vainqueur d’Ironman, a également été pris dans un scandale de dopage.
La tentation de recourir à des substances interdites semble persister dans le triathlon de longue distance, avec une augmentation significative des récompenses financières. En 2024, pas moins de 16 millions de dollars ont été attribués en prix, marquant une hausse de 80 % par rapport à l’année précédente.
La lutte contre le dopage dans le triathlon a souvent été perçue comme laxiste, mais des efforts pour renforcer les contrôles sont en cours, illustrant un désir croissant d’intégrité dans ce sport.